vendredi 13 mars 2015

Antigone, de Jean Anouilh


 J'aime cette jeune femme qui semble fragile et qui est inébranlable, si sérieuse mais qui n'a jamais rêvé que de courir, découvrir, danser, cette fille fière et humble qui se sacrifie pour que l'âme de son frère trouve le repos.
L'adaptation que Jean Anouilh a faite de la pièce de Sophocle, afin de mieux la centrer sur l'actualité de la Résistance, en ressort fraîche, terriblement émouvante, de par son apparente simplicité et le fait qu'elle soit si abordable.
Une très belle redécouverte.
Marie Spartali Stillman

Et voilà. Maintenant, le ressort est bandé. Cela n'a plus qu'à se dérouler tout seul. Cest cela qui est commode dans la tragédie. On donne le petit coup de pouce pour que cela démarre, rien, un regard pendant une seconde à une fille qui passe et lève les bras dans la rue, une envie d'honneur un beau matin, au réveil, comme de quelque chose qui se mange, une question de trop que l'on se pose un soir… Cest tout. Après, on n'a plus qu'à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul. C'est minutieux, bien huilé depuis toujours. La mort, la trahison, le désespoir sont là, tout prêts, et les éclats, et les orages, et les silences, tous les silences: le silence quand le bras du bourreau se lève à la fin, le silence au commencement quand les deux amants sont nus l'un en face de l'autre pour la première fois, sans oser bouger tout de suite, dans la chambre sombre, le silence quand les cris de la foule éclatent autour du vainqueur et on dirait un film dont le son s'est enrayé, toutes ces bouches ouvertes dont il ne sort rien, toute cette clameur qui n'est qu'une image, et le vainqueur, déjà vaincu, seul au milieu de son silence…   le Choeur, dans Antigone.


3 commentaires:

synchroniciteetserendipite a dit…

Je viens de finir Le quatrième mur de Sorj Chalandon. La pièce d'Anouilh est au centre du roman, autant dire que ta chronique tombe à point pour moi ;)

Adeuxlignes a dit…

Je te propose l'adaptation de Nicolas Briançon pour prolonger cette lecture, peut-être seras-tu surpris :)

Myrthe a dit…

Merci à vous deux pour vos commentaires, je note, ce sera intéressant de continuer sur ce thème!