samedi 2 juillet 2016

Bienvenue à Calais, de Marie-France Colombani et Damien Roudeau



Ce que la télé ne montre pas, ce petit livre le décrit: les bâtiments qui constituent la jungle et qui se retrouvent vite envahie par l'arrivée massive de nouveaux immigrés; les toilettes qu'on préfère éviter, les heures de queue pour une simple douche, les enfants livrés à eux-même, la prostitution, ces mères qui partent le matin avec des enfants terrorisés par la police et les bombes lacrymo et reviennent le soir, abattues, car une fois encore elles n'ont pu franchir la frontière. Cette femme autrefois énergique et joyeuse, aujourd'hui suicidaire, qui a dû laisser son bébé dans son pays, cet enfant arrivé à Calais après avoir perdu ses parents, ces étudiants torturés dans leur pays, ces ados qui vendent leur corps... les éclats de vie, brefs, ne donnent encore qu'un aperçu de ce que subissent des milliers d'êtres dans notre propre pays.


Heureusement, maigre consolation, il y a tous ces bénévoles qui viennent à leur aide, ces couples ou familles qui hébergent temporairement des enfants seuls, des réfugiés qui ne tiennent plus; il y a tout l'organisation du camp, l'accueil des femmes, celui des enfants, ces hommes qui se réorganisent, vendent leur propre pain, leur service de barbier dans des échoppes improvisées, bien souvent malheureusement pour rembourser leurs dettes aux passeurs qui les a fait venir jusqu'ici.
Puis, à la fin du livre, quelques sites d'associations pour essayer de vaincre ce sentiment d'impuissance face à une situation terrifiante.
Et puis, cette phrase qui commence le récit:
"Ne laissons pas s'inscrire aux frontières de la France la devise qui orne l'entrée de l'Enfer de Dante: "Toi qui entres ici abandonne toute espérance.""

Voici l'adresse de l'association l'Auberge des Migrants: http://www.laubergedesmigrants.fr/


dimanche 19 juin 2016

Dolorès, de Bruno Loth


Bien qu'elle parle de la guerre civile espagnole, cette bande dessinée est en plein coeur de l'actualité. Des villes françaises du Sud garde vivante la trace de ces milliers de réfugiés républicains ayant risqué leur vie pour passer la frontière et parfois continuer le combat contre le franquisme de ce côté-ci des Pyrénées. Mais ces réfugiés espagnols, aujourd'hui, ont l'âge de Marie, ou plutôt Dolorès, personnage central de ce livre.
 



Cette femme âgée perd peu à peu la tête, fait des cauchemars dans lesquels elle a peur de se noyer en mer, et se met à parler espagnol, elle qui, aux dires de ses filles n'a jamais mis les pieds en Espagne et n'a jamais appris la langue.
Pourtant, en enquêtant, Nathalie commence à comprendre ce qu'a pu être la vie de sa mère avant qu'elle ne se retrouve dans un orphelinat, non loin de Montpellier. Quant à nous, lecteurs, nous découvrons l'exil tragique de Dolorès enfant et de ses parents, tout en suivant sa fille Nathalie dans sa découverte d'un siècle espagnol tourmenté. Elle cô
toie, à Madrid puis Alicante, le mouvement Podemos et ceux qui partagent leur mémoire de l'époque du Franquisme, les frontières européennes fermées, la mer comme seule issue.
Passant par les souvenirs d'une vieille dame sénile, cette bande dessinée est très émouvante mais aussi un rappel de ce qui se passe actuellement à nos frontières. Le livre aurait mérité d'être plus dense tant il est dans la volonté de dire ce qui s'est passé il y a moins de cent ans, près d'ici. La fin me semble un peu bâclée, un peu trop rapide, mais j'ai bien envie d'aller jeter un coup d'oeil sur Ermo, une première publication de Bruno Loth sur la guerre d'Espagne.
Merci infiniment à Babelio et surtout à la Boîte à Bulles qui m'a envoyé ce livre en y joignant un petit mot et des information supplémentaires sur cette bande dessinée. 

samedi 18 juin 2016

Planète Banksy


 Planète Banksy, parce que tout autour du monde, Banksy et ses condisciples délivrent des messages sur les murs des villes.: Londres, New York, Marseille, Athènes, Bande de Gaza, Moscou, Miami, Dublin, Bagdad, Sao Paulo, le Caire... Banksy a libéré le pochoir et apporté de la poésie à l'urbain. 

Camo

A chaque coin de rue, on peut tomber maintenant sur des petites filles tenant un ballon ou une Joconde très sexy, des policiers ridiculisés, une armée de nains ou beaucoup plus frontal, des slogans et messages protestataires. 
Banksy, Camo, Adw, Icy and Sot pour n'en citer que quelques-uns vandalisent ainsi nos murs la nuit et réveillent heureusement nos consciences endormies par ces effets de surprise, prêts à disparaître le lendemain. Sans doute la plupart des oeuvres montrées dans ce livre n'existent déjà plus! 
C'est un très beau livre sur le Street Art, où les graff sont classés par catégorie et complétés des propos de leur auteur, et ça donne envie d'aller fouiller un peu mieux les recoins de la ville.

Banksy
Icy and Sot






lundi 9 mai 2016

Je dis murmure

Je dis murmure et dans le silence de la plaine la brise frôle la surface du ruisseau
Je dis ombre et les feuilles que le soleil attendrit la dentellent sur la mousse
Je dis lumière et des éclats miroitants ondulent sur le serpent d'eau
Je dis crépuscule et un instant, la nature se tait.
Je dis nuit et dans la phosphorescence du ciel les étoiles attendent en silence
Je dis pluie et de la canopée s'insinuent fébrilement les miroirs rebondissants de la forêt
Je dis fraîcheur et dans la brume les fougères s'habillent de rosée
Je dis aube et l'araignée hésite aux portes diaphanes de ses fils
Je dis soleil et tendrement branches, racines, tiges soubresautent au sursaut de la vie.


mardi 26 avril 2016

Les Ferrailleurs, tome 1 Le Château, d'Edward Carey

Dépaysement total, imagination débridée dès les premières pages!
Le jeune Clod vit avec sa noble famille, les Ferrayor, dans un château construit sur une décharge, dont ils vivent. Dans les soubassements travaillent les Ferrailleurs, chargés au risque d'être englouti par cet océan de déchets, de récupérer des objets exploitables. L'intrigue se passe en pleine industrialisation anglaise, au 19ème siècle.

Les Ferrayor possèdent chacun un objet de naissance qu'ils ne doivent perdre à aucun prix: une bonde pour Clod, une poignée de porte pour tante Rosamud - par qui tout commença. Mais Clod est un enfant particulier: il entend les objets qui répètent, sans arrêt, leur nom. La bonde de Clod s'appelle James Henry Hayward.

Le jour où la poignée de porte de tante Rosamud disparaît, une jeune orpheline, qui a vu ses parents se prétrifier, arrive au château pour y travailler. Elle s'appelle Lucy Pennant, et très vite, Clod la préfère à Pinalippy à qui il est promis. C'est aussi le jour que les objets ont choisi pour se révolter...

J'aimerais vivement vous conseiller ce premier tome à l'esprit gothique dont certains passages sont d'une grande beauté lyrique: l'océan d'ordures qui se déchaîne, le Rassemblement d'objets, le château lui-même et tous ses personnages aussi étranges les uns que les autres, MAIS... Soyez conscients que votre vie ne sera plus jamais la même.
Je ne dors plus depuis que j'ai compris que mon matelas - Mathieu Leroy - me donnait sournoisement des coups dans le dos la nuit, que ma bouilloire s'approche subrepticement de ma main lorsqu'elle brûlante - elle s'appelle Louise Monger - que mes clés, enfin, - Lucio et Monica Ruiz - se glissent subrepticement au fond de mon sac à main - Michelle - dès que je suis en retard. Je dois bien avouer, depuis que j'ai commencé ce livre, d'étranges phénomènes ont lieu autour de moi et je pense que ce livre est maléfique... je vous aurai mis en garde!

Je remercie vivement, et malgré tout, Babelio et le Livre de Poche pour ce beau roman illustré. 


P.S: le site d'Edward Carey vaut le coup d'oeil: vous y trouverez le plan du château et un descriptif de ses habitants mais aussi VOTRE objet de naissance!