Affichage des articles dont le libellé est Gaudé Laurent. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gaudé Laurent. Afficher tous les articles

lundi 20 avril 2015

Le Prix Relay des Lecteurs Voyageurs

Après avoir lu les quatre romans sélectionnés pour concourir au prix Relay, voici mon bilan perso.

Tout d'abord, c'était un plaisir de découvrir ces livres que je n'aurais, pour deux d'entre eux en tout cas, sûrement jamais lu sinon.
Sur les quatre, trois sont biographiques. Est-ce que ça reflète une tendance de la littérature française actuelle? Il se trouve que c'est un genre que j'aime beaucoup, tout comme le thème du voyage et en ce sens j'ai été servie puisque je suis allée en Haïti, aux Etats-Unis, au Kenya et au Danemark en l'espace de quelques semaines.
Aucun de ces livres ne m'a ennuyée, je les ai lus et finis avec grand intérêt mais j'en ressors avec des sentiments assez différents.
Le premier m'a agacé par son ton et le personnage de Lusseyran, au lieu de m'avoir fasciné, m'est devenu plutôt antipathique. Il s'agit du Voyant de Jérôme Garcin.
Le suivant, dont la lecture est agréable et teinté de nostalgie, est promis, je le crains, à une amnésie rapide... je ne suis pas sûre d'en retenir grand chose dans le futur. Il s'agit d'Un parfum d'Herbe Coupée de Nicolas Delesalle.
Danser les Morts, de Laurent Gaudé, aura nécessité d'un peu d'insistance pour que je le lise vraiment, mais une fois plongée dans le récit, je l'ai trouvé captivant et enrichissant.
Mon petit favori est Baronne Blixen de Dominique de Saint-Pern, portrait sans concession d'un écrivain fascinant que je ne connaissais pas plus que ça.

Voici donc mon palmarès: 

1. Baronne Blixen, de Dominique de Saint-Pern




2. Danser les Morts, de Laurent Gaudé




3. Un parfum d'Herbe Coupée, de Nicolas Delesalle



 4. Le Voyant, de Jérôme Garcin



Je remercie encore une fois le site Babelio et les organisateurs du Prix Relay, ainsi que les différentes maisons d'édition (Préludes, Acte Sud, Stock et Gallimard) de m'avoir permis de découvrir ces quatre romans.

dimanche 22 mars 2015

De l'un à l'autre : Danser les Ombres / L'Homme qui rit

C'est une expérience née de mes années de fac en Lettres Modernes: quand on lit deux livres en même temps, même s'ils sont d'apparence totalement différents -thème, style, genre, époque... - on trouve régulièrement des points communs, des éléments de comparaison!
Ca m'est arrivée entre un essai féministe de Nancy Huston et un livre pour enfants, par exemple. Ca m'arrive en fait si fréquemment que j'ai décidé d'en faire ma propre petite rubrique sur mon blog§

Cette fois-ci, ce sont deux romans que j'ai enchaîné. Danser les Ombres de Laurent Gaudé, fini hier matin, et L'Homme qui rit du grand Hugo, commencé hier soir.
Ceux qui ont lu l'un ou l'autre se souviendront sans doute de l'atmosphère lugubre, fantomatique de l'un ou l'autre texte, le premier en deuxième partie, le deuxième dans les premières pages.
J'ai quitté Danser les Ombres sur un flot de Morts errant dans les rues de Port-au-Prince après le séisme, des anciens réveillés de terre et venant retrouver leurs proches, d'autres ignorant qu'ils sont morts lors de la catastrophe.

Baron Samedi a lâché ses esprits. Ce sont eux qui griffent les portes en bois. Ce sont eux qui cognent contre les murs comme s'ils voulaient finir ce que Goudou Goudou a commencé. Les fossoyeurs de baron Samedi gémissent, Gédé Fouillé creuseur de trous, Gédé loraj, protecteur des morts violentes... Ils grimacent et tapent du poing parce qu'on leur a volé leurs morts.


Dans L'Homme qui rit, un jeune garçon est abandonné au bord de la Manche dans une lande enneigée. Il y entend tout d'abord le gémissement d'une chaîne, avant de découvrir le cadavre d'un homme pendu à un gibet.

L'enfant était devant cette chose, muet, étonné, les yeux fixes.
Pour un homme c'eût été un gibet, pour l'enfat c'était une apparition.
Où l'homme eût vu le cadavre, l'enfant voyait le fantôme.
Et puis il ne comprenait point.
Les attractions d'abîme sont de toute sorte; il y en avait une au haut de cette colline. L'enfant fit un pas, puis deux. Il monta, tout en ayant envie de descendre, et approcha, tout en ayant envie de reculer.
Il vint tout près, hardi et frémissant, faire une reconnaissance du fantôme. 

Monde des profondeurs, de ténèbres et d'esprits errant, voici dans quoi mon propre esprit flotte actuellement...
Dans ce chapitre de L'Homme qui rit, j'ai appris également que ce sorte de gibet, auquel on pendait des contrebandiers sur les berges longeant la Manche, étaient courants dans le passé et servaient à dissuader les contrebandiers. On goudronnait les corps des cadavres pour les faire durer, évitant ainsi de pendre davantage de coupables à titre d'exemples. 

Pour en savoir plus sur Danser les Ombres, vous pouvez lire mon article à Laurent Gaudé.

Danser les Ombres, de Laurent Gaudé



Lucine, Saul, Matrak, Pabava, Blanche, Viviane, des marionnettes aux mains des forces naturelles, de la mort, celle qui prend le temps de les réunir, une dernière fois, pour les livrer au grand chaos.
Danser les Ombres...  Qui sont ces ombres qu'il faut "danser"? Cet homme - esprit qui, en plein marché, pose son regard sur Lucine? Nine, sa soeur, morte dans une sorte d'extase ou bien Lucine elle-même qui n'a pas vécu sa vie?
Est-ce Saul, bâtard flottant entre deux origines, Firmin en proie aux démons d'un passé sanglant, ou enfin Blanche, condamnée aux chambres aseptisées, pour qui la vie grouillante, parfumée, bavarde, épicée de Port-au-Prince est un monde inatteignable?
A travers ces personnages, nous replongeons dans les années de dictature de Papa Doc et les séances de torture des opposants, mais aussi dans un monde où les esprits errent dans les rues, annonçant la mort.
Puis: l'horreur, le séisme suivi de ses répliques, les bâtiments qui s'effondrent, les rues qui disparaissent en quelques secondes et la terre qui engloutit les vivants, réveille les morts et sépare Lucine de l'homme qu'elle s'est mise à aimer, Saul.
Laurent Gaudé, dans ce roman, emmène le lecteur là où il ne s'y attend pas. C'est un texte fort et littéraire sur la tragédie de 2010, une évocation émouvante, dont les personnages resteront des ombres plongées dans un pays en ruines.
Ce roman, lu dans le cadre des Lecteurs pour le Prix Relay des Voyageurs 2015, est une belle découverte, en partie parce que j'avais des a priori sur l'oeuvre de Laurent Gaudé.


Hommes, ce qui est sous vos pieds vit, se réveille, se tord, souffre peut-être ou s'ébroue. La terre tremble d'un long silence retenu, d'un cri jamais poussé. 


Hommes, trente-cinq secondes, c'est un temps infini et vos yeux s'ouvrent autant que les crevasses qui lézardent vos routes et les murs des maisons. En ce jour, à cet instant, tous les oiseaux de Port-au-Prince s'envolent en même temps, heureux d'avoir des ailes, sentant que rien ne tiendra plus sous leurs pattes, et que, pour les minutes à venir, l'air est plus solide que le sol.


Arindam Banerjee, 123images


A propos du séisme de 2010, il y a également Tout bouge autour de Moi,d'un écrivain que j'aime beaucoup, Dany Laferrière, présent ce jour-là et qui retrace les premiers jours qui ont suivi la catastrophe.

Si je repasse si souvent dans ma tête ces minutes qui précèdent l’explosion c’est parce qu’il est impossible de revivre l’événement lui-même. Il nous habite trop intimement. Aucune distance n’est possible avec une pareille émotion. C’est un moment éternellement présent. On se rappelle l’instant d’avant dans les moindres détails.

A lire aussi: De l'un à l'Autre : Danser les Ombres / L'Homme qui rit