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mardi 17 mars 2015

La Part Manquante, de Christian Bobin


En refermant ce livre, j'ai comme une sensation désagréable de m'être fait avoir...  

Une sensation qui m'arrive parfois, un peu toujours de la même manière.
J'ai toujours eu, en entendant parler de Christian Bobin, un a priori. Peut-être d'en avoir trop entendu parler à une certaine époque - et en général ça m'ôte le goût de la découverte-ou des critiques qui ne me plaisaient pas... Quoiqu'il en soit, aujourd'hui, désoeuvrée une demi-heure entre deux classes, je suis tombée sur ce livre dans notre petite bibliothèque. Les premières lignes, puis pages, m'ont tout de suite plu. La surprise du style, le sujet - l'enfance, la relation mère-enfant. Je lis ainsi avidement les quatre premières nouvelles avant de retourner en cours.
Ce soir, pressée de reprendre ma lecture, je déchante presque aussitôt: rien, aucune sensation, aucune émotion, et même un léger agacement quant au style - phrases très courtes, point. Monotonie -  et au propos. 
Puis je réfléchis aux premières nouvelles lues, et je me souviens avoir d'abord étouffé un léger désaccord quant à l'évocation de ce qu'est une mère: elle se sacrifie, son couple n'existe plus, l'enfant est l'objet de toutes ses attentions. Bien sûr qu'il y a du vrai, mais pourquoi toujours nous renvoyer cette image si stéréotypée, si rétrograde, alors qu'une mère, c'est aussi une personne - je dis bien une personne et non une femme - indépendante, égoïste parfois, amoureuse, travailleuse, ou paresseuse, bordélique, et j'en passe.
Bref, pour moi cette découverte m'a fait l'effet d'un soufflé: celui qui se dégonfle dès la deuxième bouchée.



Fra Angelico (Vierge d’humilité, 1387-1455)

samedi 28 février 2015

La Mort, l'Amour et les Vagues


Trois nouvelles et trois hommes, dans le Japon des années 50.

Si le premier n'a plus d'illusions et vient dans cet hôtel dans le but de mettre fin à ses jours, une fois son volume Voyage en Orient de Guillaume de Rubrouck achevé, le deuxième, lui, commence une vie nouvelle. Fraîchement marié, amoureux de sa jeune épouse, il l'emmène sur les lieux de ses années d'étudiant, pour contempler le Jardin de Pierres qui fait resurgir des événements majeurs dans sa vie. Le troisième, enfin, clôt le recueil logiquement. Veuf d'une femme qu'il a un peu aimé, il lui reste pourtant fidèle pour des raisons qui lui sont chères et dont il va se remémorer.

Récits de vies sans éclats, ironiques, désillusionnées mais tendres également et parfois d'amour, ils sont écrits d'une plume concise et lumineuse. Les femmes y sont décrites comme les hommes, faibles et fortes tout-à-tour mais sans pitié de la part de Inoué. J'ai particulièrement aimé l'ironie sans surprise de Jardin de Pierres, mais aussi les descriptions de la mer de la première nouvelle, les couleurs qu'elle prend au soleil ou à la tombée de la nuit, le mouvement incessant des vagues contre les rochers, l'humidité marine qui pénètre par la fenêtre ouverte de l'hôtel, ce bout du monde, la solitude, la honte et la mort.